les activités d'avf en images
Charles Hubert Millevoye (1782-1816) écrit, à la même époque, un
poème en quatre chants intitulé « Alfred, roi d' Angleterre » dans lequel
il évoque, au premier chant, le combat d'Alfred et de Ubba le scandinave.
Voici le lien pour ce chant :
http://books.google.fr/books?id=MvgqAAAAYAAJ&pg=PA173&lpg=PA173&dq=alfred+roi+d'angleterre+millevoye
&source=bl&ots=oi7ZXo7CKl&sig=h-KY1a2BkJFec_2gYfU1ixJdSdw&hl=fr&sa=X&ei=89M4T_TdCKfA0QXHh4SaAg&sqi
=2&ved=0CE8Q6AEwCA#v=onepage&q&f=false
Charles Victor Prévost d'Arlincourt(1788-1856) écrivit un poème épique
intitulé « Charlemagne ou la Caroléide » dans lequel il exalte le courage et
la force des Scaldes ou Scandinaves :
« le Scalde voit la mort et rit... »
« être libre ou mourir est notre cri de guerre
à haïr les tyrans nous instruisons la terre »
Joseph Arthur de Gobineau (1816-1882) est l'auteur d'un essai sur
l'inégalité des races humaines dans lequel il écrit à propos des Normands :
« Les Normands n'ont pas transformé le caractère de leurs sujets ;
ils étaient trop peu nombreux pour obtenir un pareil résultat. Ils se
sont perdus au sein des masses populeuses qui n'ont fait qu'augmenter
autour d'eux, et dans lesquelles les invasions tatares du moyen âge ont,
sans cesse et sans mesure, augmenté l'influence énervante
du sang finnique »
( NDLR : finnique= groupe de langues finno-ougriennes comprenant le
groupe balto-finnois, le groupe volgaïque et les langues permiennes.
Source dictionnaire Larousse électronique)
Mais il est temps de laisser la parole àJean Renaud pour conclure :
« Le thème des vikings revient sans cesse dans la littérature
française. Au moyen âge, les auteurs insistent sur leur nature
terrifiante. Au 18ème siècle, on oublie leur barbarie, on prône leur
supériorité. Lors de la vague romantique, on exalte leur esprit
d'aventure, leur férocité et leur bravoure. Chateaubriand s'intéresse
à eux, Leconte de Lisle leur fait une place dans sa poésie,
Victor Hugo rédige Athélie. Après un flot de poésie et d'écrits
régionalistes, les romanciers s'emparent du thème, à commencer
par Eugène Sue et, tout au long du 20ème siècle, ont peine à échapper
au tenace héritage romantique. »
Ne dit-on pas « Charité bien ordonnée commence par soi-même »,
Jean Renaud, par modestie, n'a pas voulu, semble-t-il, faire sienne cette
devise et pourtant il est l'auteur de nombreux ouvrages sur les vikings
dont le livre ci-dessous « La Normandie et les Vikings »
Montesquieu( 1689-1755) développe la théorie des climats dans l'essai
philosophique « de l'esprit des lois »(1748)
« Vous trouverez dans les climats du nord des peuples qui ont peu de
vices, assez de vertus, beaucoup de sincérité et de franchise. »
« Les peuples des pays chauds sont timides* comme les vieillards le sont ;
ceux des pays froids sont courageux comme le sont les jeunes gens. »
« Nous sentons bien que les peuples du nord, transportés dans les pays
du midi, n'y ont pas fait d'aussi belles actions** que leurs compatriotes
qui, combattant dans leur propre climat, y jouissent de tout leur courage. »
* voilà une assertion étonnante, où sont l'exubérance et la propension à tout
exagérer ??
** Montesquieu ne semble pas avoir eu connaissance de l'aventure des
Normands en Italie du sud et en Sicile où ils se sont taillés un royaume à la
force de leur épée,une aventure qui dura plus d'un siècle !
J'ajouterai deux citations du philosophe qui conviennent bien à l'esprit des
Normands
« L'histoire du commerce est celle de la communication des peuples. »
"Quand on veut gouverner les hommes, il ne faut pas les chasser devant
soi, il faut les suivre."
P.H Mallet ( 1730-1807) vécut longtemps au Danemark et occupa un poste
de professeur au collège royal de Copenhague.( un parallèle intéressant avec
notre conférencier qui, lui aussi, enseigna à l'institut scandinave au Danemark
presque deux siècles plus tard)
Mallet est l'auteur d'une histoire de « Dannemarc » publié en 1787
pour ceux que cela intéressent, voilà le lien vers une version numérisée
http://books.google.fr/booksid=EvQOAAAAQAAJ&printsec=frontcover&hl=fr&source=gbs_ge_summary_r&cad=0#v=onepage&q&f=false
Madame de Staël (1766-1817), de son vrai nom Anne Louise Germaine Necker
baronne de Stale Holstein, romancière et essayiste, a contribué à populariser les
œuvres romantiques des auteurs de langue germanique. L'écrivaine dénonçait
la stérilité, ou plutôt l'épuisement, du classicisme français. Elle attendait la
régénération par les auteurs du Nord. C'est, en effet, lors d'un voyage en
Allemagne qu'elle rencontre Goethe et Schiller pour lesquels elle éprouve une
grande admiration.
Jeudi 9 février, Jean Renaud a soutenu la gageure de dresser, en un peu plus
d'une heure, un panorama de la présence des vikings dans la littérature française
sur une période de un millénaire...et il l'a fait avec vélocité et abondance de citations !
Je ne reproduirai pas in extenso sa conférence, je n'en serai pas capable mais
j'ai choisi quelques uns des écrivains qu'il a cités soit pour des raisons historiques
soit pour les écrits intéressants qu'ils ont laissés
Le Viking ou plutôt devrais-je dire le Normand ( au sens premier, l'homme du
nord), tel Janus, est un homme à deux visages, soit un barbare sanguinaire qui
pille, viole et tue sans aucun remord soit un aventurier capable de partir sur les
mers à la recherche de terres à dominer, un combattant redoutable, certes,
mais tolérant voir chevaleresque.
Peut-être est-il les deux suivant les circonstances finalement ?
Le premier des écrivains cités est Dudon de Saint Quentin ( 960 ? 1043?),
chroniqueur normand, attaché à une œuvre connue sous l'intitulé « Historia Normannorum », un récit commandé par le Duc Richard 1er de Normandie
à la fin du 10ème siècle.
Le récit s'organise autour de quatre biographies :
Hastings (810-893), le Viking primitif, cruel, païen et barbare qui n'hésite
pas à revenir là où il a subi un échec, Rollon (845?-930?), le Viking, converti
au christianisme, qui devient le premier maître de la Normandie, Guillaume
Longue Epée, son fils, et, enfin, Richard 1er le petit fils.
Dudon montre donc les deux faces des Vikings, le bon et le méchant, pourtant
c'est l'image du méchant qui persistera dans la mémoire collective jusqu'à nos
jours.
Wace (1100?-1180?), dit aussi Guace ou Wistace, est un poète normand
auteur de l'œuvre majeure le Roman de Rou, chronique versifiée, qui raconte
l'histoire de Rou ou Roll c'est à dire Rollon dans laquelle il n'hésite pas à ajouter
des commentaires sur la vie et le caractère des personnages.
Cette image est tout fait appropriée pour introduire l'auteur suivant,
François Rabelais (1488?-1553) donne à Panurge la capacité de répondre à
Pantagruel en plusieurs langues dont le danois, langues existantes ou inventées
par Rabelais, avant de s'exprimer en français.
Voltaire (1694-1778) dans « l'essai sur les mœurs et l'esprit des nations »,
consacre un chapitre, qui mérite d'être cité, sur les normands : quelques extraits
du chapitre 25
« Des Normands vers le 9ème siècle »
« Les Normands continuèrent leurs dévastations; mais, quoique ennemis
du nom chrétien, il ne leur vint jamais en pensée de forcer personne à
renoncer au christianisme.
Enfin Rollon ou Raoul, le plus illustre de ces brigands du Nord, après
avoir été chassé du Danemark, ayant rassemblé en Scandinavie tous
ceux qui voulurent s’attacher à sa fortune, tenta de nouvelles aventures,
et fonda l’espérance de sa grandeur sur la faiblesse de l’Europe.
Rollon fut le seul de ces barbares qui cessa d’en mériter le nom, en
cherchant un établissement fixe. Maître de Rouen sans peine, au lieu de
la détruire il en fit relever les murailles et les tours. Rouen devint sa
place d’armes; de là il volait tantôt en Angleterre; tantôt en France,
faisant la guerre avec politique comme avec fureur. »
Traduction : galette des Rois 2012 (petit Larousse français-anglais)
La traditionnelle galette AVF était, cette année, placée sous le signe
britannique, vous allez comprendre pourquoi !
Il y a quelques décennies, l'ORTF offrait régulièrement des pièces de
boulevard pour notre plus grand plaisir et la présentation commençait
presque toujours par:
" Les décors sont de Roger Hart et les costumes de Donald Caldwel..."
ou l'inverse (l'orthographe des noms n'est peut-être pas exacte)
Et bien, la galette AVF reprend cette annonce mais les noms ont changé
Les costumes sont de Nicole Imbert....
.....et
la décoration de Nicole Gouye
Mais, cette année, une innovation a fait son apparition, le KARAOKE
Chantal Haize et David Jonhson ( Dave pour les intimes) ont accompli
un travail remarquable pour attirer des volontaires sur la scène
Quand je vous disais que la version 2012 de la galette était britannique !
Non il ne s'agit pas du concert du nouvel an quoique...
Vendredi 6 janvier, le groupe "marches courtes" s'était donné rendez-vous
au pied de l'église de Ryes pour une balade d'environ 7 kms (ou 2 heures),
la première rando de l'année 2012 passant par Saint Cômes et Asnelles sous
la conduite de votre serviteur.
Chantal, responsable de cette activité, nous avait préparé une surprise au retour.
Elle nous a offert la galette et le cidre bouché dans une ambiance toujours aussi conviviale. Nous n'avons pas manqué de lui faire une ovation méritée
Dernière partie de cette journée si bien remplie.
Nous arrivons sur le parvis de la basilique vers 16h. Un peu en avance,
nous attendrons notre guide en goûtant, comme le lézard, aux derniers
rayons du soleil et à la chaleur de la pierre sur le parvis de la basilique
consacrée à Sainte Thérèse.
Lorsque notre guide arrive, nous sommes déjà imprégnés de l'atmosphère
sacrée des lieux. Ses premières paroles nous laissent penser qu'il s'agit
sinon d'une sœur sûrement d'une oblate*. Je la nommerai Dame Maria
de la Logorrhée Thérèsienne, j'espère qu'on me pardonnera cette
appellation iconoclaste. Vous le comprendrez mieux si je vous dis qu'elle
nous a fait une visite de Sainte Thérèse plutôt qu'une visite de la Basilique,
mais après tout l'une ne va pas sans l'autre. Je résume ; la construction
a commencé en 1929 et la consécration a eu lieu en 1954, elle est le
deuxième lieu de pèlerinage en importance en France après Lourdes
bien entendu : Elle a été inscrite au titre des monuments historiques
le 14 décembre 2010 !
* une oblate est une personne laïque qui s'agrège à une congrégation monastique sans prononcer ses vœux, elle consacre sa vie au service des autres. (NDLR)
Presque entièrement recouverte de mosaïques, l'intérieur de la Basilique
fait penser immanquablement à la Basilique Saint Marc à Venise sa
grande sœur aînée. Longue de 104 mètres, large de 50, le sommet de
son dôme culmine à 95 mètres.
Elle peut accueillir près de 4000 personnes !
Nous aurons tout juste le temps de pénétrer dans la crypte dans
laquelle le foisonnement des colonnes fait penser, toutes proportions
gardées, aux colonnes de la Cathédrale-Mosquée de Cordoue.
Nous apercevrons le reliquaire ( fabriqué à Vérone) dans lequel
reposent, maintenant, les dépouilles de Louis et Zélie Martin, les
parents de Thérèse, béatifiés le 19 octobre 2008 pour leur vie
exemplaire.
Mécréant je suis, mécréant je resterai. Pour autant, lorsque je visite
une cathédrale, une abbaye ou une petite église, c'est à chaque fois
le même étonnement, la même interrogation. Comment la foi religieuse,
surtout monothéiste, peut-elle engendrer, à la fois, le pire et le meilleur ?
Le pire, c'est l'inquisition, les massacres ici et ailleurs, anciens et actuels;
le meilleur, c'est l'architecture des basiliques, cathédrales, mosquées,
c'est l'art religieux, mosaïques, statues, peintures, c'est aussi la littérature....
toutes les formes d'art qui n'existeraient pas sans la foi.
Voilà un beau sujet de philosophie : « l'art existerait-il sans la foi ? »
vous avez quatre heures !
À bientôt pour d'autres questions.
Encore merci pour cette très belle et fructueuse journée à Chantal
et surtout Michel qui, malgré ses soucis de santé comme on peut le
voir sur la photo ci-dessous, a tenu à nous accompagner.
Nous déjeunons à l'hôtel de France, à Livarot, un repas simple d'un bon
rapport qualité/prix.
A quelques kilomètres, se trouve l'objet de notre deuxième visite, le château
de Saint Germain de Livet, patrimoine historique du pays d'Auge, appartenant
à la ville de Lisieux.
Je crois que tous les membres du groupe sont restés bouche bée devant
ce petit bijou d'architecture d'époque renaissance. La décoration en damier
des murs avec des briques vernissées rouges et vertes donne l'illusion
d'un décor de théâtre ou de cinéma, l'ensemble a un charme fou.
Les photos ci-dessous montrent que l'envers vaut l'endroit !
Ce château musée, véritable joyau du pays d'Auge dont la construction est
due à Jean et Pierre de Tournebu au 15ème siècle, est entouré de douves.
Il réunit un manoir à pan de bois et une construction en pierre et brique
vernissée du Pré d'Auge (production qui a cessé). Mais le joyau de ce
château est la salle des offices (ou salle des gardes selon notre guide) dont
les murs sont recouverts de fresques murales du 16ème siècle inspirées
soit de la bible (ancien et nouveau testament) comme la photo de gauche,
la décapitation du général Holopherne par Judith, soit, comme en écho,
cette décapitation d'un chevalier (des histoires qui finissent mal pour celui
qui a perdu la tête!) Un tel ensemble est très rare dans un château et
nous l'apprécions à sa juste mesure.
La famille Riesener, propriétaire du château jusqu'à une date récente, a fait
don du domaine à la ville de Lisieux en 1958 ainsi que les collections, mobilier
et œuvres d'art, présentes dans le château. Léon Riesener dont on peut voir,
ci-dessous, le portrait peint par Eugène Delacroix en 1835 est lui-même un
peintre lié au mouvement romantique apparu dans la première moitié du
19èmesiècle.
En quittant le château, nous faisons quelques pas autour de l'église dans le jardin
de l'Abbé Marie lieu de mémoire et de détente avant de partir pour
Lisieux et sa basilique. suite dans la troisième et dernière partie
Voilà une belle trilogie que nous ont préparée Chantal et Michel ce
jeudi 17 novembre.
Notre première étape est consacrée à la visite de l'entreprise Graindorge
située à Livarot, dans le pays d'Auge, comme vous pouvez le voir sur
la photo de gauche. Nous devons patienter un peu à la porte puis dans
le magasin d'entreprise devant lequel est exposé le camion de livraison
utilisé par Bernard Graindorge, fils du fondateur Eugène Graindorge,
camion avec lequel il livrait ses livarots pour les tables parisiennes.
Le petit fils du fondateur, Thierry Graindorge, donnera une impulsion
supplémentaire en proposant quatre sortes de fromages, le livarot,
le pont l’Évêque, le camembert et le neufchâtel, (tous ces fromages
sont des AOP, appellation d'origine protégée) et en adaptant l'outil de
production à la demande des consommateurs.
Nous visitons la fromagerie en empruntant un circuit très bien conçu
puisqu'il permet de voir toutes les étapes sans jamais être au contact
des produits.
Le lait est versé dans ces bacs blancs que vous voyez à la queue leu leu,
il est emprésuré pour obtenir le caillé qui sera tranché puis malaxé afin
d'accélérer l'égouttage avant le brassage. Toutes ces opérations sont
réalisées par des robots (souvenez-vous des « temps modernes » de
Chaplin). L'opération suivante se fait à la main (ouf!) gantée
(enfin presque toujours...), le caillé est déposé dans des moules (cliches)
en bois ou en fer blanc ( à distance, il est difficile d'identifier le matériau
utilisé) puis légèrement pressé.
Posé sur des toiles, le fromage sera retourné plusieurs fois, salé et
ressuyé en hâloir. Il part ensuite en cave pour affinage pendant quelques
mois.
Le livarot subira un traitement particulier, lavé deux fois par semaine,
à l'eau tiède teintée de rocou ( fruit du roucou arbuste des régions
d'Amérique tropicale possédant une très forte teneur en vitamine A et
contenant beaucoup de sélénium, magnésium et calcium!) ce qui lui
donnera cette croûte rouge légèrement visqueuse. Le fromage sera
cerclé de 5 laîches pour le maintenir, opération essentiellement
manuelle qui requiert, semble-t-il, une certaine dextérité. Enfin, la
robotique reprend « la main » (si je puis dire) pour la dernière opération,
l'emballage. La visite se termine par le passage obligé, la boutique
où nous pouvons déguster les différents fromages fabriqués sur place
( seul le Neufchâtel est fabriqué dans sa région d'origine, le pays de Brai)
et acheter quelques fromages...(bonjour l'odeur dans les voitures !).
J'ai intitulé cet article « patrimoine gastronomique », titre parfaitement
justifié dans le cas de cette entreprise Graindorge qui produit des
fromages de qualité. Je rappelle que, le 16 novembre 2010, le
« repas gastronomique des Français » a été déclaré patrimoine
culturel immatériel de l'humanité par l'UNESCO !
Un beau site à visiter pour compléter cet article :
http://www.vimoutiers.net/vp/Livarot.htm
Après notre repas à Saint Rémy du Val, nous arrivons, un peu en retard, à
Alençon pour la deuxième partie de notre visite découverte du patrimoine
alençonnais. Nous commençons par la visite guidée de la ville qui doit nous
conduire tout naturellement au musée de la dentelle d'Alençon..
Alençon s'est développée à l'origine dans un méandre de la rivière Sarthe,
à l'extrémité du plateau calcaire où se trouve l'actuel quartier Montsort, puis
s'est étendue, à partir du Xème siècle, dans l'encaissement marécageux.
Il me paraît difficile de rendre compte de tout ce que notre guide nous a dit
pendant notre déambulation dans la ville, qui réserve, parfois des surprises
cocasses comme cette cheminée improbable.
Aussi, je retiendrai quatre choses qui, me semble-t-il, ont marqué l'histoire
d'Alençon. Le château d'Alençon, appelé encore château des Ducs, fut
construit sous Pierre II, duc d'Alençon entre 1361 et 1404. Ironie de l'histoire,
c'est le petit fils de Marguerite de Navarre, Henri IV, qui démantèlera le
château dont il ne reste, maintenant, que le châtelet, une courtine (photo
ci-dessous), la tour couronnée et une poterne.
Classé monument historique en 1962, Il cesse d'être une maison d'arrêt
en 2010. La ville d'Alençon songe à en faire un lieu vivant, un lieu de mémoire.
Marguerite d'Angoulême, appelée encore Marguerite d'Alençon quand elle
épousa le duc d'Alençon, n'eut pas une vie très joyeuse enfermée dans ce
sombre château médiéval où elle demeura après la mort de son époux.
La situation s'améliora nettement lorsque son frère cadet, François de
Valois-Angoulême, devint roi de France sous le nom de...François Ier.
Elle put donner toute la mesure de sa culture. Amoureuse des belles-lettres,
la duchesse Marguerite réunit à sa cour un grand nombre d’hommes de lettres,
dont les poursuites dirigées contre les partisans de la Réforme ne fit
qu’augmenter le nombre. C’est ainsi qu’Alençon devint l’asile de savants
persécutés au nombre desquels on comptait les hommes de lettres
comme Clément Marot, un des premiers grands poètes français, qui
deviendra son homme de chambre et dira d'elle :
« corps féminin, cœur d'homme, tête d'ange ». Grâce à la duchesse,
la réforme fut prêchée dans le duché d'Alençon, un bel exemple de tolérance. Malheureusement, les fanatismes des deux bords auront raison de ce havre
de paix. A sa mémoire, voilà quelques vers montrant qu'elle préfère l'amour
de Dieu à la crainte de Dieu :
« Je vous prie que ces fâcheux débats
D'arbitre franc et libertés laissés
Aux grands docteurs qui l'ayant ne l'ont pas.
D'inventions ont leur cœurs si pressés
Que vérité n'y peut trouver sa place
Tant que soient leurs plaidoiries cessées
Mais quant à vous, quoi qu'on vous dise ou fasse
Soyez sûre qu'en liberté vous êtes
Si vous avez de Dieu l'amour et grâce. »
L'église Notre Dame d'Alençon, élevée au rang de basilique mineure le
6 juin 2009 par le pape actuel, est située au cœur de la ville. Commencée
en 1356, la construction de la basilique fut achevée au 19èmesiècle.
Cet édifice gothique possède une nef à cinq travées de style gothique
flamboyant. Les verrières du 16èmesiècle, particulièrement remarquables,
illustrent au nord des thèmes de l'ancien testament et présentent
au sud des épisodes de la vie de Marie, chacun se répondant en quelque
sorte dans un dialogue biblique.
Le triple porche, de style gothique flamboyant élevé à partir de 1500, présente
au centre un remarquable travail de Jehan le Moyne, une sculpture représentant
la Transfiguration très originale pour l'époque.
Rappelons pour finir que Saint Thérèse de Lisieux a reçu le sacrement du baptême
le 4 janvier 1873 et ses parents, Louis et Zélie Martin, se marièrent le 13 juillet
1858 dans cette basilique.
Lorsqu'on regarde la sculpture du porche central, l'expression qui vient à l'esprit
est « dentelle de pierre », ce n'est peut-être un hasard si, au début du 15èmesiècle,
apparaît la dentelle d'Alençon parfois appelée la « reine de la dentelle », dans
une concurrence avec le « point de Venise ». Vers les années 1660, Marthe La
Perrière invente le « point d’Alençon » qui obtient alors de Colbert un privilège de manufacture royale. Le « point d’Alençon », dont le secret fut longtemps
jalousement gardé, est une dentelle à l’aiguille caractérisée par un réseau de
mailles bouclées, des points de fantaisie appelés « modes », des brodes
(mèches de fils recouvertes de points de feston serrés formant les reliefs)
recouvertes de points de boutonnière serrés et, après 1775, parfois faites
de crin de cheval. Le réseau de mailles bouclées est mis au point vers 1690,
mais n’est appelé « point d’Alençon » que vers 1720. À partir de 1885
apparaissent les motifs ombrés (séries de points plus ou moins serrés de
manière à obtenir un effet de clair obscur).
Le musée de la dentelle n'autorisant pas l'usage de l'appareil photo, je vous
propose cette vidéo que vous pourrez voir grâce au lien suivant :
http://www.youtube.com/watch?v=M8tNgeG3FPA
Nous ne pouvions pas quitter Alençon sans parler de Moulinex, une saga
industrielle qui commence en 1937 avec Jean Mantelet et qui s'achève en
1991 avec la disparition de son fondateur, un fiasco industriel !
Lorsque nous quittons Alençon, la « troupe » est fatiguée et pourtant notre
voyage n'est pas fini. Une très belle surprise nous attend dans un petit
village situé à 15 km au sud-ouest d'Alençon, Saint Céneri le Gérei.
Posé dans une boucle de la Sarthe qu'enjambe un petit pont, le bourg
possède une église romane du 11ème siècle aux fresques exceptionnelles.
Ces peintures murales présentes dans le chœur datent des 12ème14ème et
15ème siècle. La photo de gauche représente «la Vierge au manteau», au
centre on peut voir « la pesée de l'âme » (cela vous rappelle quelque chose ?),
et sur la photo de droite, vous aurez reconnu « le christ en majesté ».
Sur l'autre rive de la Sarthe, cette charmante chapelle du 15ème siècle est posée
dans une prairie, gardienne d'une source miraculeuse, née de la prière de
Saint Céneri, ayant le pouvoir de guérir certaines maladies des yeux...
Une charmante autochtone qui faisait sa promenade vespérale nous fit part
d'une pratique ancienne des jeunes giroises désireuses de se bien marier,
elles plantaient une épine dans le pied de la statue du Saint présente dans
cette chapelle. Nul doute que ce pauvre Saint Céneri a vécu un enfer !
Nous quittons Saint Céneri le Gérei en passant devant ce buste de Paul Saïn,
réalisé par Malézieux en 2003, qui rappelle que, chaque année à la pentecôte,
des peintres se réunissent en souvenir d'illustres prédécesseurs, Courbet, Corot...
Grand merci à Chantal qui nous a préparé, encore une fois, une journée pleine
de découvertes.