Partager l'article ! Aux marches du Maine... (deuxième partie): Après notre repas à Saint Rémy du Val, nous arrivons, un peu en retard, à ...
| Mai 2012 | ||||||||||
| L | M | M | J | V | S | D | ||||
| 1 | 2 | 3 | 4 | 5 | 6 | |||||
| 7 | 8 | 9 | 10 | 11 | 12 | 13 | ||||
| 14 | 15 | 16 | 17 | 18 | 19 | 20 | ||||
| 21 | 22 | 23 | 24 | 25 | 26 | 27 | ||||
| 28 | 29 | 30 | 31 | |||||||
|
||||||||||
Après notre repas à Saint Rémy du Val, nous arrivons, un peu en retard, à
Alençon pour la deuxième partie de notre visite découverte du patrimoine
alençonnais. Nous commençons par la visite guidée de la ville qui doit nous
conduire tout naturellement au musée de la dentelle d'Alençon..
Alençon s'est développée à l'origine dans un méandre de la rivière Sarthe,
à l'extrémité du plateau calcaire où se trouve l'actuel quartier Montsort, puis
s'est étendue, à partir du Xème siècle, dans l'encaissement marécageux.
Il me paraît difficile de rendre compte de tout ce que notre guide nous a dit
pendant notre déambulation dans la ville, qui réserve, parfois des surprises
cocasses comme cette cheminée improbable.
Aussi, je retiendrai quatre choses qui, me semble-t-il, ont marqué l'histoire
d'Alençon. Le château d'Alençon, appelé encore château des Ducs, fut
construit sous Pierre II, duc d'Alençon entre 1361 et 1404. Ironie de l'histoire,
c'est le petit fils de Marguerite de Navarre, Henri IV, qui démantèlera le
château dont il ne reste, maintenant, que le châtelet, une courtine (photo
ci-dessous), la tour couronnée et une poterne.
Classé monument historique en 1962, Il cesse d'être une maison d'arrêt
en 2010. La ville d'Alençon songe à en faire un lieu vivant, un lieu de mémoire.
Marguerite d'Angoulême, appelée encore Marguerite d'Alençon quand elle
épousa le duc d'Alençon, n'eut pas une vie très joyeuse enfermée dans ce
sombre château médiéval où elle demeura après la mort de son époux.
La situation s'améliora nettement lorsque son frère cadet, François de
Valois-Angoulême, devint roi de France sous le nom de...François Ier.
Elle put donner toute la mesure de sa culture. Amoureuse des belles-lettres,
la duchesse Marguerite réunit à sa cour un grand nombre d’hommes de lettres,
dont les poursuites dirigées contre les partisans de la Réforme ne fit
qu’augmenter le nombre. C’est ainsi qu’Alençon devint l’asile de savants
persécutés au nombre desquels on comptait les hommes de lettres
comme Clément Marot, un des premiers grands poètes français, qui
deviendra son homme de chambre et dira d'elle :
« corps féminin, cœur d'homme, tête d'ange ». Grâce à la duchesse,
la réforme fut prêchée dans le duché d'Alençon, un bel exemple de tolérance. Malheureusement, les fanatismes des deux bords auront raison de ce havre
de paix. A sa mémoire, voilà quelques vers montrant qu'elle préfère l'amour
de Dieu à la crainte de Dieu :
« Je vous prie que ces fâcheux débats
D'arbitre franc et libertés laissés
Aux grands docteurs qui l'ayant ne l'ont pas.
D'inventions ont leur cœurs si pressés
Que vérité n'y peut trouver sa place
Tant que soient leurs plaidoiries cessées
Mais quant à vous, quoi qu'on vous dise ou fasse
Soyez sûre qu'en liberté vous êtes
Si vous avez de Dieu l'amour et grâce. »
L'église Notre Dame d'Alençon, élevée au rang de basilique mineure le
6 juin 2009 par le pape actuel, est située au cœur de la ville. Commencée
en 1356, la construction de la basilique fut achevée au 19èmesiècle.
Cet édifice gothique possède une nef à cinq travées de style gothique
flamboyant. Les verrières du 16èmesiècle, particulièrement remarquables,
illustrent au nord des thèmes de l'ancien testament et présentent
au sud des épisodes de la vie de Marie, chacun se répondant en quelque
sorte dans un dialogue biblique.
Le triple porche, de style gothique flamboyant élevé à partir de 1500, présente
au centre un remarquable travail de Jehan le Moyne, une sculpture représentant
la Transfiguration très originale pour l'époque.
Rappelons pour finir que Saint Thérèse de Lisieux a reçu le sacrement du baptême
le 4 janvier 1873 et ses parents, Louis et Zélie Martin, se marièrent le 13 juillet
1858 dans cette basilique.
Lorsqu'on regarde la sculpture du porche central, l'expression qui vient à l'esprit
est « dentelle de pierre », ce n'est peut-être un hasard si, au début du 15èmesiècle,
apparaît la dentelle d'Alençon parfois appelée la « reine de la dentelle », dans
une concurrence avec le « point de Venise ». Vers les années 1660, Marthe La
Perrière invente le « point d’Alençon » qui obtient alors de Colbert un privilège de manufacture royale. Le « point d’Alençon », dont le secret fut longtemps
jalousement gardé, est une dentelle à l’aiguille caractérisée par un réseau de
mailles bouclées, des points de fantaisie appelés « modes », des brodes
(mèches de fils recouvertes de points de feston serrés formant les reliefs)
recouvertes de points de boutonnière serrés et, après 1775, parfois faites
de crin de cheval. Le réseau de mailles bouclées est mis au point vers 1690,
mais n’est appelé « point d’Alençon » que vers 1720. À partir de 1885
apparaissent les motifs ombrés (séries de points plus ou moins serrés de
manière à obtenir un effet de clair obscur).
Le musée de la dentelle n'autorisant pas l'usage de l'appareil photo, je vous
propose cette vidéo que vous pourrez voir grâce au lien suivant :
http://www.youtube.com/watch?v=M8tNgeG3FPA
Nous ne pouvions pas quitter Alençon sans parler de Moulinex, une saga
industrielle qui commence en 1937 avec Jean Mantelet et qui s'achève en
1991 avec la disparition de son fondateur, un fiasco industriel !
Lorsque nous quittons Alençon, la « troupe » est fatiguée et pourtant notre
voyage n'est pas fini. Une très belle surprise nous attend dans un petit
village situé à 15 km au sud-ouest d'Alençon, Saint Céneri le Gérei.
Posé dans une boucle de la Sarthe qu'enjambe un petit pont, le bourg
possède une église romane du 11ème siècle aux fresques exceptionnelles.
Ces peintures murales présentes dans le chœur datent des 12ème14ème et
15ème siècle. La photo de gauche représente «la Vierge au manteau», au
centre on peut voir « la pesée de l'âme » (cela vous rappelle quelque chose ?),
et sur la photo de droite, vous aurez reconnu « le christ en majesté ».
Sur l'autre rive de la Sarthe, cette charmante chapelle du 15ème siècle est posée
dans une prairie, gardienne d'une source miraculeuse, née de la prière de
Saint Céneri, ayant le pouvoir de guérir certaines maladies des yeux...
Une charmante autochtone qui faisait sa promenade vespérale nous fit part
d'une pratique ancienne des jeunes giroises désireuses de se bien marier,
elles plantaient une épine dans le pied de la statue du Saint présente dans
cette chapelle. Nul doute que ce pauvre Saint Céneri a vécu un enfer !
Nous quittons Saint Céneri le Gérei en passant devant ce buste de Paul Saïn,
réalisé par Malézieux en 2003, qui rappelle que, chaque année à la pentecôte,
des peintres se réunissent en souvenir d'illustres prédécesseurs, Courbet, Corot...
Grand merci à Chantal qui nous a préparé, encore une fois, une journée pleine
de découvertes.